Bien que l’heure ne soit pas encore au bilan en ce qui concerne cette campagne présidentielle et que les véritables conclusions seront à tirer lors de sa transformation en cas d’école pour les futurs promotions d’IEPs, nous pouvons quand même soustraire quelques leçons de cette élection abracadabrantesque pour citer Jacques CHIRAC : le système des primaires à l’américaine sont une importation malvenue et incompatible avec notre tradition démocratique

Force est de constater, la greffe n’a jamais vraiment pris. Et bien que la primaire de droite fut autoproclamée un « succès sans précèdent », nous devons bien constater que le rejet de cette tradition américaine se base dans une différence clé entre la politique française et la politique américaine : la présidence des partis.

Aux États-Unis, le système de primaire est efficace car (avec l’exception de cette dernière échéance) les candidats se rangent toujours derrière celui choisi et son courant politique pour l’exercice présidentiel. Ce candidat bien sûr accepte de respecter quelques valeurs sacrées. Quelques exemples : s’il est républicain, il se doit d’être contre l’avortement ainsi pour une présence étatique limité. Le démocrate, lui, doit défendre au contraire des valeurs sociales plus libérales. Mais que cela soit Mitt ROMNEY en 2012 ou John KERRY de en 2004, les autres candidats se rangent derrière le gagnant qui devient chef suprême du parti.

En France, cela n’est pas le cas. Car comme nous l’avons constaté pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, les luttes pour les présidences des partis en France sont particulièrement sanglantes, et produisent constamment des partis en quête de « rassemblement » après l’exercice. Pourquoi ? Parce que dans la tradition politique, ce sont des courants de pensée qui s’affrontent lors de ces élections. Par conséquent, ce n’est pas l’affinité vers un tel ou un tel qui se retrouve exprimé par le bulletin mais plutôt une vision politique, c’est-à-dire nos croyances et convictions ce qui rend l’exercice plus intime et donc plus violent. Attention, il ne s’agit pas de dire ici qu’il y ait du mal à cela. Au contraire, donner une direction idéologique à un parti est une bonne chose, qui permet par ailleurs à ceux qui ne s’y retrouvent plus de démissionner au profit d’autre partis ou pour créer de nouveaux mouvements (Jean-Luc MÉLENCHON étant un bon exemple de cela).

Non, il s’agit plutôt de nous rendre à l’évidence que ce système de choix de présidence constitue en soi une primaire de facto pour les partis. Nous avons donc avec l’implantation absurde du système de primaires à l’américaine une incohérence politique dangereuse qui plutôt que de rassembler les familles politiques les divisent d’avantage, accentuant ainsi le niveau de désenchantement avec le système existant, un désenchantement qui mène au vote contestataire et populiste (de droite comme de gauche) ou à l’abstention.

Exemple type : la sortie du 28 mars de Manuel VALLS où il exprime « son inquiétude » sur la voie idéologique choisie par sa famille politique. Il n’y a donc aucun respect de l’exercice ni des adhérents de son parti qui dans un choix sans équivoque ont donnés raison à Benoît HAMON. Plutôt que d’accepter ce choix démocratique, M. VALLS opte pour la remise en cause du candidat socialiste, avec comme objectif une reconquête de son parti après la présidentielle.

Quoiqu’il en soit, tout cela est symptomatique d’une France mal à l’aise avec elle-même cherchant chez les autres la manière de redonner du souffle à son modèle démocratique en panne, en choisissant caricaturalement de s’attaquer à la forme, plutôt qu’au fond du problème, les élites-elle-même. Mais cela est une autre histoire.

Que faire à présent ? À mon sens, nous avons deux choix :

Nous forçons la greffe en acceptant ses conséquences : une explosion de notre vie démocratique

Si ce que nous voulons est un exercice de primaire pour les présidentielles, dans ce cas acceptons son implantation jusqu’au bout. Cela veut dire une primaire à gauche, une primaire à droite, et un primaire du centre, et donc 3 candidats. Car si on regarde de plus près, c’est exactement comme ça que cela se passe au sein du système américain, et surtout récemment, où l’offre des Democrats passait de Bernie SANDERS à Hillary CLINTON. Idem pour les Republicans. Par conséquent, pour cela se fasse en France, il faudrait un primaire qui rassemble l’extrême gauche au PS d’un côté et Les Républicains avec le FN de l’autre, avec tout le microcosme de partis qui vont avec. Cela nous donnerait 3 choix clairs à l’échéance présidentielle. Les modalités d’une telle opération seraient assez simples d’ailleurs, mais il ne s’agit pas de les détailler ici.

Nous en terminons avec le système de primaires, en optant pour un retour à notre tradition politique

Plutôt que de tout chambouler de la sorte, plutôt concentrons-nous sur un modèle qui mettrait en rapport l’échéance présidentielle et le choix idéologique des partis. Des élections présidentielles de chaque parti à 18 mois de la présidentielle permettraient non seulement le temps nécessaire au rassemblement, mais la construction d’un véritable programme en consultation avec les militants. Ces élections seraient bien-sûr restreintes aux seuls militants des partis, que cela soit fait en interne ou en coalition. Cela nous permettrait la construction par exemple d’une vraie offre écolo-socialiste construite par un vote des deux groupes de militants plutôt qu’un mariage forcé pour de raisons comptable.

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